22 octobre 2009

Les Immortels ont de l'humour !!



L’un des enfants terribles de l’art taiwanais, Yang Mao-lin a abandonné la peinture pour la sculpture il y a une dizaine d’années déjà. Depuis, il revisite à plaisir l’imaginaire religieux taiwanais en y incorporant des éléments de la culture manga.

Au nord de Tamsui se trouve un sur- plomb avec vue sur la mer appelé Xiaguizhoushan. Le long de la rue sinueuse qui y monte s’élèvent quantité d’usines désaffectées dont certaines ont été investies par des artistes. Il y a six ans, le sculpteur Yang Mao-lin (楊茂林) a installé son atelier dans une de ces coquilles vides, et il dispose de 650 m2 de surface pour un loyer de misère.

Le toit aux tuiles cassées laisse entrevoir quelques morceaux de ciel, et le vent s’insinue par les fenêtres disjointes. Lorsqu’il pleut, l’endroit est humide, et en hiver, la température descend à 10 °C à l’intérieur. Malgré tout, Yang Mao-lin persiste : il commence vers 14 h et travaille non-stop jusqu’au lendemain matin. Il ne prend que trois jours de vacances par an, dit-il, au moment du Nouvel An chinois.

Parmi les fées et les dieux

Au milieu du chaos de son espace de travail s’élèvent deux de ses œuvres, des statues de bronze inspirées du personnage de Peter Pan. Le garçon qui refuse de grandir chevauche un scarabée prêt à prendre son envol.

Yang Mao-lin montre un plâtre qui a été scié en deux. Il s’agit d’une sirène qui était au départ dans les bras de son prince, explique-t-il, mais il a fallu découper la composition parce qu’elle était lourde. Les deux morceaux seront assemblés à la fonderie, au moment de fabriquer le moule. Puis on coulera le bronze pour réaliser l’œuvre.

« Lorsque j’étais petit, j’ai été frappé par l’histoire de la Petite Sirène qui renonce à sa liberté et à sa voix pour vivre près de son prince et qui se suicide lorsque celui-ci en épouse une autre. » A 55 ans, l’artiste semble avoir gardé l’innocence de ses 5 ans.


Yang Mao-lin crée depuis 30 ans. Quel que soit le médium, peinture à l’huile, art numérique, sculpture, il tente de repousser ses limites. Chaque œuvre est plus massive et complexe que la précédente.

« Avec moi, c’est toujours “à bas l’ancien, vive le nouveau”. Comme je n’ai aucune patience, j’ai besoin d’apprendre pour faire naître en moi de nouvelles passions. » Il alterne donc souvent les activités, tantôt passant de la couleur sur une statue, tantôt donnant sa forme à un morceau de métal. A moins que, pour se changer les idées, il ne décide de travailler sur le meuble en camphre, tek et michelia qu’il est en train de fabriquer pour sa femme. Toutes les pièces sont assemblées avec des tenons de bois. Yang Mao-lin est complètement autodidacte, mais cela ne l’empêche pas d’être passé maître dans l’art de la menuiserie.

La complexité et les dimensions que peuvent atteindre ses œuvres sont particulièrement évidentes dans Blanche-Neige et les sept nains. D’environ 80 cm de haut, Blanche-Neige et son Prince charmant se dressent sur une plate-forme, les sept nains montant la garde à leurs pieds. L’œuvre compte en fait 13 pièces démontables et pèse 300 kg. Il s’agit d’une copie d’une œuvre achevée l’année dernière qui, lorsqu’elle a été exposée pour la première fois, a été emportée par un collectionneur pour 6,5 millions de dollars taiwanais. Autre preuve de la montée en flèche de la cote de l’artiste, un de ses tableaux daté de 1993, Zeelandia Memorandum, s’est récemment vendu aux enchères pour près de 15 millions de dollars.

Orient contre Occident

Comment Yang Mao-lin est-il passé de la peinture à la création en trois dimensions ? Par hasard, répond-il.

En 1996, il venait de terminer sa trilogie « Made in Taiwan » sur laquelle il travaillait depuis dix ans. La première œuvre était plutôt politique, la seconde faisait référence à l’histoire de Taiwan et la troisième, intitulée Invitation aux immortels : rapports des hauts fonctionnaires sur les accouplements culturels, s’attaquait à la culture.

Pour célébrer l’achèvement de cette trilogie, il organisa une cérémonie religieuse populaire et « renvoya au Ciel » les personnages de dessins animés qu’il avait « déifiés ». Il acheta du bois de flottage, le sculpta pour lui donner la forme d’un de ces personnages et lui dressa un autel. Il prit plaisir au processus et réitéra l’expérience. Depuis, il ne se lasse plus de la sculpture.

A Taiwan, avant les spectacles donnés dans la cour des temples de la religion populaire, des acteurs déguisés en immortels effectuent une danse pour remercier les dieux. Yang Mao-lin s’est demandé pourquoi personne n’avait encore pensé, plutôt que les immortels, à incarner Superman, Pikachu ou Astro Boy par exemple. Ce télescopage de la culture pop américaine et japonaise avec l’imaginaire taiwanais, Yang Mao-lin en a eu l’inspiration en lisant des mangas à ses enfants.


Jusque là, en effet, ce sont plutôt les souvenirs d’une jeunesse marquée par la loi martiale, les manifestations et les tensions sociales qui habitaient les tableaux de cet artiste né en 1953. Ses premières œuvres à l’huile étaient pleines de cris, de briques volant dans les airs et de bâtons de policiers, entre autres symboles de la rage d’une foule en colère. Par exemple, Comportement de jeu – Section combat représente un poing géant jaune et rouge. C’est une accusation forte et directe.

La série des « Zeelandia Memoranda », qui s’inspire du passé colonial de Taiwan, montre un Hollandais aux yeux bleus et aux cheveux longs qui prend l’île par la force avec ses canons et ses bateaux. Invitation aux immortels, de la série « Made in Taiwan », recycle des personnages de BD pour poser la question fondamentale : « Où en est la culture de Taiwan ? »

Yang Mao-lin a peint le label « Made in Taiwan » comme si c’était une affiche, pour en faire une satire de l’atmosphère qui régnait à l’époque dans la société taiwanaise empreinte d’une sorte de nationalisme exacerbé. Son travail fut considéré comme représentatif du mouvement du Nouveau symbolisme né dans la période qui a suivi la levée de la loi martiale. Le critique d’art Lu Kuang [路況] voit dans les tableaux réalisés par Yang Mao-lin à cette période une tentative d’exprimer – de s’approprier peut-être – la totalité de « l’expérience taiwanaise ».

Dix ans de polissage

Yang Mao-lin n’a décidé de devenir artiste qu’une fois entré à la faculté des beaux-arts de l’Université de la culture chinoise, dont il est sorti diplômé en 1979. Jeune, il était « hyperactif », dit-il. Il parlait sans arrêt en classe et n’arrivait pas à se concentrer. Il était souvent puni par ses professeurs. Ses parents l’ont changé de collège plusieurs fois, et il a eu beaucoup de mal à terminer sa scolarité, en suivant des cours du soir.

S’il est entré dans la filière artistique d’un lycée technique, c’est parce qu’il pensait que ce serait plus facile et qu’il n’aurait pas à rester assis en classe tous les jours. Il était plus âgé et plus mûr que les autres élèves, ce qui donnait l’impression qu’il était plus doué. Du coup, il représentait souvent l’école dans les concours artistiques, et c’est comme cela qu’il reprit confiance en lui.

Après l’université, Yang Mao-lin observa qu’en général, ses camarades prenaient un travail avec l’intention de garder un peu de temps libre pour créer. Cet arrangement ne le satisfaisait pas. « Je ne suis pas quelqu’un d’organisé, je suis plutôt inefficace. Il y a beaucoup de métiers pour lesquels je n’ai pas les qualités requises. Et puis, je ne pense pas que je trouverais le temps de créer après le boulot. »


Avec sa femme, qu’il a rencontrée sur les bancs de l’université, il a décidé de réduire au maximum les dépenses de leur famille de cinq personnes pour pouvoir se consacrer à son art. Avant 1986, la vie a été dure financièrement. Lorsqu’il manquait d’argent, il en empruntait à ses proches. Mais il arriva un jour où, pour éponger ses dettes, il fallut bien gagner de quoi survivre, et Yang Mao-lin se résigna à vendre à la sauvette de la pacotille, des statuettes du dieu de la Fortune et des bouddhas fabriqués au Népal. Il installait son étal dans l’avenue de Nanjing vers 11 h du matin et pliait bagage vers 13 h.

« A l’époque, la Bourse de Taipei fermait à midi, et il y avait toujours beaucoup de monde dans la rue au moment de la pause déjeuner. Les gens qui achètent des bouddhas ont souvent l’impression de faire une bonne action en leur donnant un toit, et il est rare qu’ils marchandent, donc je faisais des marges confortables. En trois ans, j’ai gagné 3 millions de dollars. »

Vendre dans la rue n’était pas difficile, mais il ressentait comme une insulte, à trente ans passés, de prendre ses jambes à son cou pour échapper aux contrôles de police. Et puis, pour créer, il faut du temps libre. « Il faut avoir le temps de perdre son temps », dit-il. Un artiste a besoin de penser à des choses et d’autres, mais aussi de rester sans rien faire, le regard perdu dans le vide. Maintenant qu’il passait ses journées à commander la marchandise et à l’installer sur son stand, il n’avait plus le temps de rien. Il finit par abandonner son petit commerce pour se recentrer sur sa peinture. Cela dit, ces statuettes religieuses semblent avoir été une source d’inspiration inépuisable pour Yang Mao-lin…

Mais dans les années 90, le marché de l’art contemporain n’était pas florissant à Taiwan, et il y avait peu d’endroits où exposer pour les jeunes artistes. Yang Mao-lin travaillait d’arrache-pied. A cette époque, il a produit entre deux et trois cents tableaux. Comme il n’est pas du genre asocial, avec trois copains de l’université, Wu Tien-chang [吳天章], Lu Hsien-ming [陸先 ] et Lu Yi-chung [盧怡仲], il a décidé de fonder le Groupe d’art moderne 101. L’idée était d’avoir un espace où se retrouver et exposer. Rapidement, le groupe compta plus d’une trentaine de membres. Malheureusement, la qualité des œuvres était inégale. Deux ans plus tard, Yang Mao-lin montait une autre structure, le Groupe de peinture moderne de Taipei.

Les artistes qui l’ont rejoint voulaient comme lui créer des œuvres qui parlent de leur époque. Ils étaient jeunes et téméraires, s’attaquant sans vergogne aux sujets qui fâchent : politique, histoire, origine « ethnique » des Taiwanais… Ils se comportaient comme des intellectuels engagés, et, en captant l’air du temps, se sont propulsés sur le devant de la scène de l’art contemporain taiwanais.

« C’était une époque difficile. Il fallait deux ou trois ans pour trouver les moyens de faire une exposition. Les œuvres n’étaient pas suffisamment exposées, personne ne savait qui nous étions. »

En 1991, Yang Mao-lin a été le premier lauréat du prix décerné par Hsiung-Shih, une maison d’édition spécialisée dans les arts, une consécration qui lui a apporté la notoriété tant attendue. En 1995, il signait avec la galerie Lin & Keng, à Taipei, et depuis, il a fait pratiquement une exposition solo ou de groupe par an.

Hyperactivité artistique


Les amis de Yang Mao-lin qui le voient travailler nuit après nuit depuis plus de vingt ans pensent qu’il doit être un peu dérangé. L’artiste lui-même reconnaît ne pas très bien savoir pourquoi il ressent une telle excitation. Lorsqu’il est au travail dans son atelier, il est habité par sa passion et ses émotions, absorbé par son travail de création. En même temps, il peut rester assis à travailler sur une pièce pendant des heures, le visage protégé par un masque et des lunettes, dans un vacarme assourdissant.

Comparant les qualités du bois, du bronze et de l’acier, Yang Mao-lin dit du travail du bois que c’est une soustraction. « A chaque entaille, vous sentez la forme affleurer. Avec le bronze et l’acier, c’est une addition dans laquelle chaque morceau de la sculpture fusionne avec les autres. »

« Mais l’acier est cinq ou six fois plus dur que le bronze. Une fois qu’il est poli, c’est comme un miroir, il reflète la lumière et ça devient beaucoup plus difficile de distinguer les yeux ou la bouche. » Il faut donc une certaine maîtrise pour arriver à ajuster l’angle d’attaque du chalumeau et intégrer les reflets qui apparaîtront une fois l’œuvre achevée.

A force de déplacer ses œuvres et de manier des outils lourds, Yang Mao-lin a développé une tendinite chronique des bras et des épaules. « Pas grand-chose à faire », dit-il dans un sourire désabusé. Ce qui l’ennuie le plus, ce sont les produits chimiques qui l’arrosent comme une pluie acide quand il peint le bronze. Il soupire en remarquant qu’il commence à se dégarnir.

Depuis 30 ans, Yang Mao-lin n’a pas pointé une seule fois ni reçu une seule fiche de paie… En feuilletant un catalogue de ses œuvres, il se sent rempli de gratitude. « J’ai eu une vie fantastique, dit-il, de bout en bout. »


Teng Sue-feng
PHOTOS AIMABLEMENT FOURNIES PAR YANG MAO-LIN

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02 octobre 2009

Le quotidien d’un petit français de Taiwan scolarisé dans une école taiwanaise !!

Il est 7h30 et les élèves, cartable en bandoulière, pénètrent par petits groupes dans l’enceinte de l’Ecole élémentaire Jen-Ai de Taipei. Quelques enfants en survêtement balaient la cour, pendant que des grands, munis de fanions, font traverser la rue à leurs petits camarades. Il y a aussi ceux que les entraînements sportifs obligent à être un peu plus matinaux. Ils s’exercent dans la cour intérieure ou dans les salles de gym. En scrutant bien cette foule de garçons et de filles en uniforme, on remarque quelques chevelures moins foncées, et oui, une ou deux têtes carrément blondes.
C’est par exemple le cas de Joseph. Le teint clair et le bout du nez légèrement piqué de taches de rousseur, Joseph, le petit Français, détonne mais cela ne l’empêche pas d’être très à l’aise. C’est un enfant parmi d’autres.
Joseph L. est sans doute un pionnier en son genre : il fait partie de l’infime minorité d’enfants n’ayant pas de sang chinois qui sont scolarisés dans le système taiwanais depuis la maternelle. Ses parents, Dominique et Laurence L., arrivés à Taiwan il y a une vingtaine d’années avec une bourse d’études, ont fait le choix assez rare pour un couple franco-français de s’installer ici pour de bon et d’élever leurs deux enfants dans les deux cultures, la leur et celle de leur pays d’adoption.
En fait, explique Laurence L., au départ, la question ne se s’est pas posée dans ces termes. L’aîné, Simon, a eu une nounou taiwanaise qui ne lui parlait que le chinois, à la demande expresse de ses parents. Quand il a été en âge scolaire, la première impulsion de la famille a néanmoins été de le mettre à l’Ecole française de Taipei, au moins pour quelques années, afin de lui donner des bases solides dans sa langue maternelle. Mais les difficultés rencontrées par Simon dans son nouvel environnement, alors qu’il se sentait peut-être ballotté entre deux cultures, les ont forcés à revoir leurs options lorsque le tour de Joseph est venu.
Scolarisé en chinois depuis la maternelle, Joseph est bien dans ses baskets. Comme tous les garçons de son âge, il aime rigoler avec les copains et il avoue se bagarrer un peu avec son grand frère. Sa bête noire, c’est l’anglais.
Ce jour-là, l’instituteur Huang Bing-yen fait la classe de math sur les unités demesure des liquides. Hectolitres, litres, décilitres, millilitres « Qu’est-ce que tu utilises pour dire combien d’eau tu bois par jour ? Des hectolitres ? » La classe éclate de rire. Les élèves font leurs exercices de conversion, puis se mettent en file indienne devant le bureau de « maître Huang » pour qu’il corrige. Ça se bouscule en chuchotant. Certains dansent d’un pied sur l’autre, inquiets. D’autres, plus sûrs d’eux, se lancent des regards goguenards. Joseph suit sans problème, coche les réponses sur son cahier d’exercices ou écrit quelques lignes de caractères chinois d’une main assurée.
Alors, Joseph est-il heureux dans cette école ? « Oui, oui », répond-il timidement en français. Mais, se sent-il Français ou Taiwanais ? « Moitié Français, moitié Taiwanais », dit-il avec circonspection, avant d’ajouter tout bas « peut-être un peu plus Taiwanais ».
Comme tous les Taiwanais de son âge, Joseph a de lourdes journées, ponctuées d’exercices et d’interrogations. A midi, sa mère lui apporte son biandang sa boîte-repas. « Mais la cantine est très correcte. » Après la classe, à 16h, il rentre goûter à la maison, fait ses devoirs, puis c’est l’heure du dîner en famille. Après, avec son frère, il descend les poubelles et, s’il lui reste un moment, il va faire du vélo dans le quartier. « Ces jours-ci, j’ai moins de temps libre parce que je commence le piano. Et puis parfois, les devoirs, c’est très long. »
Si les journées de Joseph sont chargées, c’est aussi parce que sa maman lui donne des cours de français. Elle a négocié avec l’école de le faire exempter de matières que, pour l’heure, elle juge secondaires la musique, les travaux manuels ou encore l’informatique pour récupérer quelques heures sur la semaine à consacrer à l’étude de sa langue maternelle. Résultat, Joseph est « complètement bilingue », souligne Laurence L.


Ainsi, les jeunes années de Joseph s’écoulent dans une douce insouciance, peut-être parce que Jen-Ai n’est pas tout à fait une école taiwanaise comme les autres, malgré ses murs un peu défraîchis.
L’établissement, qui dispose aussi d’une maternelle, compte quelque 3 300 élèves pour 184 professeurs. Le ratio est donc de 1,7 professeurs par classe de trente élèves, comme c’est la règle. Mais ce qui a plu à Laurence L., c’est le parti pris à Jen-Ai de faire participer les parents le plus possible à la vie scolaire. Ainsi, tôt le matin, alors que les professeurs participent à une réunion pédagogique ou traitent certaines affaires administratives, des parents viennent bénévolement surveiller la classe ou l’animer, en racontant des histoires, en faisant réciter aux plus jeunes des vers en trois caractères du Sanzijing un classique poétique de la morale chinoise en leur donnant des cours d’anglais, de japonais, de chant, selon leurs aptitudes.
L’école dispose aussi d’une « classe de ressources » une salle ouverte à tous les enfants nécessitant un soutien ou une attention particulière. Plusieurs enfants malvoyants ou aveugles sont scolarisés à Jen-Ai, et si nécessaire, ils peuvent suivre des cours particuliers dans cette classe équipée d’un matériel pédagogique adapté, avec des enseignements spécialisés.
Cette classe, dit Daly Chang, qui ce jour-là reprend une leçon d’algèbre avec deux élèves ayant des difficultés de concentration, répond à la nouvelle politique d’intégration à la vie scolaire pour les enfants souffrant d’un handicap. Une cinquantaine d’écoliers au total fréquentent régulièrement la « classe de ressources » où ils se rendent le plus souvent de leur propre initiative.
Même qualité d’écoute dans la section qui accueille les élèves particulièrement brillants. Dans une des classes, quelques-uns d’entre eux qui, la majeure partie du temps, suivent les cours avec les autres camarades de leur âge, sont en train de mettre la dernière main à leur autobiographie illustrée, qu’ils ont gravée sur un cédérom après avoir conçu eux-même le logiciel d’exploitation de ces informations. Dans la classe voisine, six jeunes adolescents suivent un cours très poussé sur les empreintes digitales.
On ne compte pas moins de 92 surdoués cette année à Jen-Ai. Ce chiffre, très élevé, est en forte augmentation par rapport aux années précédentes, un phénomène que Kuo Su-hsiang, l’enseignante en charge de ce département, attribue à l’attitude des parents. Ceux-ci, dit-elle, font aujourd’hui davantage pour développer les aptitudes de leurs enfants.


D’une manière générale, l’atmosphère est détendue et bon enfant dans cette école dont les dimensions restent raisonnables. Pour Laurence L., voir son fils heureux est le plus important.
L’expérience a en effet été très différente pour Simon, son premier fils, qui a été à l’Ecole française de Taipei de 9 à 11 ans. Pour lui éviter de perdre ses acquis en chinois, ses parents l’avaient inscrit à des cours du soir dans un institut de langue réputé. Mais quelque chose semblait manquer au jeune garçon dont le chinois s’est tout de même mis à régresser sans pour autant qu’il s’épanouisse en français. Simon a finalement retrouvé l’équilibre, raconte sa mère, dans une école anglophone, la Yangmingshan Christian School. « Il s’agit d’une école montée par des adventistes, mais les cours sont donnés par des laïcs. Simon s’y est très bien adapté, et maintenant il parle couramment l’anglais. Comme l’atmosphère lui convenait mieux, il a retrouvé son assurance. Son français s’est amélioré, et son chinois aussi. »
Cela dit, la question de la langue mise à part, Laurence L. reconnaît que les charges de la scolarisation à l’Ecole française de Taipei devenaient insupportables. Cet établissement privé faisant aujourd’hui partie d’un en semble appelé Ecole européenne de Taipei (résultat d’une fusion entre les trois écoles française, allemande et britannique) pratique en effet des tarifs qui peuvent être rédhibitoires pour les familles ne bénéficiant pas des avantages des personnels détachés par une grande entreprise. Une bourse de l’Etat français peut être demandée, mais elle couvre rarement l’ensemble des frais.
Le choix de la langue de scolarisation repose sur quantité de facteurs qui n’ont pas forcément la même pondération pour toutes les familles à commencer bien sûr par les ressources disponibles. Finalement, ainsi que le souligne Patrick Layet, le directeur de l’Ecole française de Taipei, le statut des différentes langues parlées au sein du foyer fait souvent la différence. Entrent aussi en ligne de compte les projets professionnels des parents qui souhaiteront bien évidemment préparer leurs enfants autant que possible à l’environnement de leur prochaine affectation.
Pour la famille L. qui s’est installée ici sur le long terme, le chinois a toujours semblé aussi important que le français, sans doute parce qu’eux-mêmes parlent cette langue couramment.
Mais Simon a aujourd’hui 17 ans, et bientôt il faudra que ses parents fassent à nouveau des choix difficiles. Il poursuit actuellement ses années de lycée à l’Ecole dominicaine, en anglais toujours. N’envisageant pas à priori de le diriger vers une université taiwanaise, ses parents réfléchissent à l’option préférée de l’intéressé : une fac américaine. « Nous n’avons pas les moyens de l’envoyer aux Etats-Unis, dit Laurence L. Mais une fac américaine en France, peut-être que c’est possible. »
Elle explique avoir envisagé de retourner s’installer seule en France avec ses deux enfants dans cette perspective avant la rentrée de septembre. Simon pourrait même essayer de passer le bac pour s’assurer l’accès aux écoles et universités françaises aussi. Quant à Joseph, il réintégrerait le système français.
Mais après mûre réflexion, la famille a décidé de préserver l’unité familiale le plus longtemps possible. Simon terminera donc le lycée ici en anglais, peut-être à la Yangmingshan Christian School qui dès la rentrée prochaine proposera un cursus de high school. Quant à Joseph, il continuera sa scolarité en chinois au moins un ou deux ans. « Ce n’est peut-être pas plus mal, commente Laurence L., puisque cela lui permettra d’acquérir un niveau supérieur en chinois écrit. »
Ensuite, l’avenir dira. Mais ce qui est sûr, c’est que Simon et Joseph auront tous les deux un bagage linguistique et culturel à nul autre pareil.


Source et photos Taiwan Mag (Delphine)

©Taiwan Aujourd'hui
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