16 juin 2010

Profession : Prêteur sur gage !!

Les monts-de-piété sont une pratique répandue dans la culture chinoise. On en retrouve la trace dès la dynastie des Han, en 200 av. J.-C. Aujourd’hui, ils continuent de représenter une forme de crédit et une main tendue à ceux qui sont au pied du mur
Au Service municipal des prêts sur gage à faible montant (SSLS), un homme d’une quarantaine d’années, très correctement mis, apporte un ordinateur portable au guichet. Lorsqu’on lui donne le reçu du dépôt, il le fourre au plus profond de son portefeuille, comme s’il souhaitait qu’on ne le découvre jamais. Les produits électroniques perdent très vite leur valeur, ainsi, ce prêt de 3 000 dollars taiwanais n’est que de trois mois, mais le soulagement de l’homme est palpable.



« Nous ne sommes pas des brocanteurs »

Huang Yi-hsiu note que la valeur moyenne des objets déposés n’a cessé de dégringoler. Dans le passé, celle-ci pouvait atteindre jusqu’à un million de dollars et beaucoup d’objets étaient gagés autour de 500 000 dollars. Mais aujourd’hui, explique-t-il, on lui apporte des choses qui ne valent pas un clou, comme des micro-ondes usagés, des cuiseurs automatiques épuisés, des vieilles montres à quartz ou encore des téléviseurs à tubes d’un autre âge ! Un homme a même proposé de déposer en gage sa place au cimetière ! « Nous ne pouvons pas nous permettre d’accepter tout et n’importe quoi sous prétexte que nous sommes un service public. Dans ces cas-là, la seule chose que nous puissions faire, c’est de diriger ces personnes vers les services sociaux », note Chen Hwei-pin. Huang Yi-hsiu montre du doigt un bibelot taillé dans un cristal violacé fixé sur un socle en bois. « Cela ne vaut pas plus d’une centaine de dollars, mais j’ai accepté de le gager pour 1 500 dollars, raconte-t-il, parce que derrière chaque objet déposé, quelle que soit sa valeur, c’est l’histoire d’un drame humain qui se cache ! » Les maisons de prêts sur gage ont l’obligation de faire un rapport à la police chaque mois, et on peut clairement y lire la très forte baisse de la valeur totale des objets déposés. « Les gens n’ont plus rien à gager ! », s’exclame-t-il.

Est-ce à dire que les Taiwanais achètent moins d’objets de prix ? Huang Yi-hsiu dit que par le passé, des biens de grande valeur, tels que les diamants ou les montres de marque, circulaient beaucoup dans l’île, et personne dans la profession ne s’inquiétait de trouver un acheteur. La situation a définitivement changé au mois de juillet de l’année dernière. Le flot d’argent facile semble s’être tari, et plus aucun de ces nouveaux riches ne vient dans les maisons de prêt sur gage trouver la bonne affaire : un objet de luxe à bas prix. Au contraire, ce sont des hommes d’affaires de Hongkong ou de Dubaï qui viennent rafler à des prix ridiculement bas des lots de 400 ou 500 montres de luxe, pour les revendre sur le marché chinois.


Le test des contrefaçons

Huang Yi-hsiu se souvient que durant l’époque du boum économique, on voyait des chefs de petites entreprises venir déposer leur Mercedes Benz pour deux ou trois millions de dollars taiwanais, ou alors pour une dizaine de millions de dollars de bijoux. Ils cherchaient simplement à faire face à un besoin de liquidités à court terme. « Ils payaient les intérêts sans discuter, se souvient Huang Yi-hsiu, et une fois, l’un d’eux a déposé sept voitures uniquement pour avoir le liquide nécessaire à quelques coups sur le marché boursier ! Une semaine après, il revenait pour tout racheter. Aujourd’hui, avec la crise, tout est différent. » Les fraudes et les arnaques sont aussi devenues plus fréquentes. Les objets en or, les sacs de grandes marques et les montres de luxe se révèlent de plus en plus souvent des faux, et les prêteurs sur gage font preuve d’une grande circonspection, d’autant plus que la responsabilité pénale de celui qui fait preuve d’indélicatesse en déposant un objet contrefait n’est jamais engagée, le prêteur n’ayant donc aucun recours contre ce dernier.

Chen Hui-ying


PHOTOS DE CHUANG KUNG-JU / TAIWAN PANAROMA


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